Divergences entres savants

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Divergences entres savants

Message par AbdAllah le Dim 14 Aoû - 18:39



Un grand problème aujourd'hui est que nous musulmans n'arrivons pas
toujours à gérer la pluralité d'avis qui nous parviennent de nos ulémas :
certains d'entre nous confondent le fait de ne pas partager un avis
émis par un savant avec le fait de dénigrer ce savant ; d'autres tombent
dans ce qu'ils croyaient dénoncer chez tous les autres : suivre
aveuglément un ou quelques savants. Notre communauté est aujourd'hui
l'objet de tiraillements à cause de cette incompréhension…



Si traiter des règles musulmanes, donner des avis, etc., demandent
certes des compétences qu'ont ceux qui sont versés dans les sciences
musulmanes – c'est comme pour toute discipline sur cette terre –,
l'islam a cette particularité que ses savants ne sont pas organisés en
institution pyramidale pour émettre des avis. A propos des règles (ahkâm)
fondées sur un texte authentique et clair du Coran ou des Hadîths,
aucun savant ne peut faire office de Pape, puisque aucun n'est
infaillible, que seul le Prophète l'était et qu'il arrive qu'un savant
ait émis une opinion contredisant ce genre de texte "qat'î"
par oubli ou par ignorance de celui-ci. Chaque savant a donc le droit
de débattre avec un autre savant, poliment et sur un pied d'égalité,
sans dénigrement, s'il pense que l'autre a fait une erreur
d'interprétation par rapport au texte "qat'î" (ce genre
d'erreur d'interprétation rapportant de toute façon une récompense,
contre deux au cas où l'interprétation est juste). Enfin, pour ce qui
est des règles (ahkâm) à propos desquelles il y a plusieurs
interprétations possibles (zannî), aucun
savant ne peut non plus faire office de Pape et imposer aux autres
savants l'interprétation qu'il considère juste ; les savants doivent au
contraire, sur un pied d'égalité, débattre de ce genre d'opinions et de
leurs preuves. Mufti Taqî Uthmânî écrit en substance : "Pour
l'interprétation du Coran et des Hadîths, l'islam n'a pas mis en place
une institution dont l'avis serait le seul possible, et à côté de quoi
aucun autre avis ne pourrait exister. Si des ulémas mettent en place un
institut qui donne des fatwas au public, c'est bien. Mais il serait faux
de croire qu'un savant compétent ne faisant pas partie de cet institut
ne pourra ensuite plus présenter une interprétation différente"
(Islam aur djiddat passandî, pp.94-95). "En
islam, tous ceux qui ont acquis correctement la science de l'islam sont
des Ulémas. Car "'âlim" ["savant"] n'est pas le qualificatif d'un seul
homme. Il n'existe donc aucun "'âlim" pouvant imposer à tout le monde
ses opinions"
(Idem, p. 63).

Malheureusement nous musulmans n'arrivons pas toujours à gérer la
pluralité d'avis qui nous parvient de nos ulémas. On peut distinguer
deux extrêmes dans notre façon de traiter cette divergence d'avis…

-
Un extrême : s'empresser de dire que seul l'avis de tel savant est juste parce ce savant se fonde sur la pure Sunna :


Certains frères, sur la base de la présence d'un Hadîth, un seul, et
sans recherche approfondie, se permettent de mettre en doute la validité
de toute opinion juridique différente de celle fondée sur la lettre de
ce Hadîth (alors que parfois d'autres Hadîths authentiques existent,
parfois d'autres lectures de ce Hadîth ont été faites par d'autres
savants) ; ces frères, ayant pris connaissance de l'avis de savants tels
que al-Albânî, Ben Bâz, Ibn ul-Uthaymîn ou Rabî' al-Madkhalî, puis
ayant lu, à propos du même point, un avis différent chez d'autres
savants, se permettent, sans même un regard pour les arguments de ces
derniers, de dire que le second avis est forcément erroné. Ces frères
disent : "Cheikh Untel a dit ceci, eh bien malheur à celui qui
présentera une recherche différente, car étant donné que le Cheikh suit
la pure Sunna, choisir toute autre recherche serait forcément dévier de
la Sunna !"


A se demander si ces frères ne font pas, vis-à-vis de al-Albânî, Ben Bâz
etc., la même chose qu'ils reprochent à d'autres frères de faire
vis-à-vis de savants malikites, shafiites ou hanafites : les suivre
aveuglément. A se demander aussi où se trouve la caractéristique des
sunnites et la différence d'avec les chi'ites : comme si ces savants
étaient des sortes d'équivalents chez les sunnites de ce que les
chiites, dans leur usage spécifique, nomment les "imams" infaillibles.
Il en est même, parmi les frères de ce groupe, qui se permettent ce
genre de réflexions : "Il n'y a que Ahmad ibn Hanbal qui suit la Sunna !" Ou : "Mâlik, Abû Hanîfa ? Des gens qui donnaient préférence à leur avis personnel sur les textes de la Sunna !"
Comme si seulement les avis de al-Albânî, Ben Bâz etc., étaient
conformes à la Sunna authentique ! Comme si, à propos de chaque texte,
une seule interprétation en était possible ! (Attention :
comprenons-nous bien : je respecte entièrement ces savants, et je cite
moi-même certains avis de certains d'entre eux ; mais ce dont je parle
ici c'est que l'on considère leurs avis comme les seuls fondés par
rapport à la Sunna et la voie des pieux anciens.)

Que fait-on alors du Hadîth où le Prophète (sur lui soit la paix) déclara : "Que personne n’accomplisse la salât de ‘asr sauf chez les Banû Qurayza".
Les Compagnons se mirent donc en route vers le lieu indiqué. L’heure de
'asr survint cependant tandis qu'un certain nombre de Compagnons
étaient encore en chemin. Parmi eux, un groupe déclara alors : "Nous n’accomplirons la prière que là où le Prophète nous a ordonné de le faire, l’heure légale dût-elle nous manquer"… Un autre groupe déclara : "Nous allons accomplir la prière, ce n’est pas cela qu’il a voulu de nous".
Ceci fut rapporté au Prophète. Il ne fit alors de reproche à aucun des
deux groupes. (Ce récit est rapporté par al-Bukhârî, 904, 3893, Muslim,
1770, qui évoque la prière de zohr au lieu de celle de ‘asr ; voir
également les autres versions citées dans FB 7/510-511). Ibn ul-Qayyim,
décrivant les positions des deux groupes de Compagnons, dit des premiers
que s'ils ont agi comme ils l'ont fait, c'est "par délaissement de
toute interprétation (ta'wîl) différente du sens littéral (az-zâhir)" ; et du second groupe qu' "ils ont été jusqu'à la compréhension de ce que le texte voulait d'eux" (Zâd ul-ma'âd, tome 3 p. 131). Ibn ul-Qayyim écrit également des premiers qu' "ils ont pris en considération le sens littéral (az-zâhir)" et des seconds qu' "ils ont pris en considération l'objectif (al-ma'nâ) [également]". Il conclut : "Ces
Compagnons-ci sont les prédécesseurs des savants qui prennent le sens
littéral (ahl uz-zâhir), ceux-là les prédécesseurs des savants qui
penchent pour la prise en compte de l'objectif et le raisonnement par
analogie (ahl ul-ma'nâ wal-qiyâs)"
(A'lâm ul-muwaqqi'în, tome 1 pp. 155-156). Il écrit encore : "Les savants ont des avis divergents à propos de savoir lequel des avis de ces deux groupes était correct" (Zâd ul-ma'âd, tome 3 p. 131). An-Nawawî a écrit des propos très voisins (Shar'h Muslim, tome 12, p. 98).



Il faut donc arriver à distinguer les cas où un seul avis est
possible des cas où une pluralité d'opinions est inévitable. Le Dr Abd
ul-Karîm 'Aql écrit : "Parmi les causes de division figure
l'insuffisance dans la compréhension du fiqh de la divergence (…) de
même que l'insuffisance dans la compréhension du fiqh du rassemblement
et du groupe"
(Maf'hûm ul-iftirâq, pp. 53-54). En développement de ce qu'il veut dire, 'Aql écrit que trop de musulmans "ignorent les cas où la divergence d'opinions est autorisée et les cas où elle n'est pas possible" (p. 53), "ne
sont pas capables de bien faire la différence entre les règles de
l'islam qui sont inchangeables et celles qui sont sujettes au
changement"
(p. 54). Mettant l'emphase sur cette nécessité de bien
comprendre la différence entre divergence et déviance, le Dr 'Aql écrit
également : "La différence entre la divergence et la déviance est
chose très importante, et les savants doivent s'en préoccuper. Car
certains prédicateurs et certains jeunes du réveil [= revenus à une
pratique religieuse dans l'actuelle période du réveil de l'Islam], à la
connaissance incomplète en sciences religieuses, ne parviennent pas à
faire la différence entre la déviance et la divergence. Certains d'entre
eux appliquent donc aux cas de divergences les règles applicables à la
déviance. Or c'est là une erreur grave, dont la racine est le manque de
connaissance quant aux principes de la déviance…"
(Idem, p. 11). "Leur
signe est l'ignorance par rapport aux principes généraux de la
législation musulmane ainsi qu'à ses objectifs généraux tels que la
recherche des bienfaits et le fait de repousser les méfaits ("jalb
ul-massâlih wa dar' ul-mafâssid"), tels encore que la règle de la
facilitation ("tayssîr"), la question de savoir quand les hommes ont-ils
une possibilité ("rukhsa"), quand ont-ils une nécessité ("dharûra"), et
comment peut-on avoir recours à cette nécessité…"
(p. 54). Ce
manque de compréhension à propos des différentes lectures possibles de
mêmes textes relève d'un autre problème qu'évoque également le Dr 'Aql :
"Parmi les causes de division figure la dureté à propos des règles de l'islam ("at-tashaddud wa-t-ta'ammuq fi-d-dîn")" (p. 56).

Explicitant les cas où la divergence est possible et les cas où elle n'est pas possible, 'Aql écrit également : "La
déviance ne se produit qu'à propos des grands principes ("ussûl
kubrâ"), c'est-à-dire des principes de la religion où il ne peut y avoir
de divergences et qui sont prouvés par un texte formel ("nass qâti'")
ou par un consensus ("ijmâ'"), ou bien qui sont établis comme formant de
façon unanime une voie pratique des sunnites ; tout ce qui est ainsi
est un principe ("asl"), et celui qui le contredit se met donc à dévier.
Mais en-deçà de cela, [la différence d'avis] relève de la divergence.
La divergence a lieu dans ce qui est en-deçà des principes ("mâ dûn
al-ussûl") : il y a possibilité ici d'une pluralité d'avis (…). Cela
prend place à propos des avis qui font l'objet d'interprétations
("al-ijtihâdiyyât") et à propos des ramifications ("al-far'iyyât"). (…)
Les ramifications ("al-far'iyyât") sont parfois présentes dans les
questions relatives aux croyances [également], celles où l'on est
unanime sur les principes mais où l'on diverge à propos des façons
détaillées (al-juz'iyyât") : il y ainsi consensus de la Oumma sur
l'événement du voyage nocturne du Prophète, et il y a divergence à
propos de savoir s'il a vu Dieu avec son œil physique ou avec l'œil de
son cœur"
(Maf'hûm ul-iftirâq, pp. 12-13).



-

Un second extrême : confondre le fait d'avoir un avis divergent (ikhtilâf ur-ra'y / takhtia) et le dénigrement (ta'n) :

A l'autre extrême, d'autres frères croient que le seul fait de dire : "Sur
tel point, les arguments sur lesquels tel avis du savant Y sont plus
forts que ceux sur lesquels se fonde l'avis du savant X"
, c'est
dénigrer ce savant X et manquer de respect à son savoir et à sa piété.
Ces frères confondent donc la divergence fondée sur une recherche
différente (takhtia) et le dénigrement (ta'n). Et
encore, nous ne parlons même pas là d'une divergence par rapport à
l'avis des mujtahids mutlaqs, mais de muftis contemporains ou du siècle
dernier, habitant ou ayant habité telle ou telle région de tel pays !
Ces frères disent : "Cheikh Untel a dit ceci, eh bien malheur à
celui qui présentera une recherche différente, car ce serait manquer de
respect au Cheikh, car ce serait se prétendre plus savant que lui, et ce
serait le dénigrer !"



Or un savant peut être très compétent et, pourtant, faire
involontairement une interprétation discutable à propos de un, deux,
trois, quatre, etc. points précis. Et il ne faut pas confondre d'une
part le fait d'exprimer une divergence d'avis, un désaccord par rapport
aux arguments d'un savant donné et d'autre part le fait de manquer de
respect et de dénigrer le savant. Dénigrer un savant, c'est dire qu'il
est un incapable, un égaré, etc. Exprimer un avis différent c'est juste
exprimer le fait qu'on ne partage pas, sur la base de recherches
approfondies, tel avis de tel savant. Il s'agit de deux choses
différentes.



Ne pas reconnaître cette différence, c'est rendre impossible de faire
des approfondissements dans la recherche, voire même d'exprimer la
formule qui est pourtant l'une des caractéristiques des sunnites : "Kullu ahad yu'khadhu min qawlihî wa yut'rak, illa-n-Nabiyya – sallallâhu 'alayhi wa sallam" : "Chaque savant est tel que, parmi ses avis, certains sont à délaisser, sauf le Prophète (sur lui la paix)". A
se demander où se trouve la caractéristique des sunnites et la
différence d'avec les chi'ites qui voient en les cinq, sept ou douze
personnages qu'ils nomment "imams" dans leur usage à eux des
législateurs infaillibles au même titre que l'était le Prophète.



Le savant indien Cheikh 'Atîq ur-Rahmân Sanbhalî écrit : "Respecter
est une chose. Conférer le degré d'infaillibilité est autre chose. Les
chiites confèrent le degré d'infaillibilité au Prophète (sur lui la
paix), mais aussi à Fatima, Ali, al-Hassan, al-Hussein (que Dieu les
agrée) et à ceux qu'ils considèrent leurs "imams". Résultat : ils ne
peuvent imaginer que ces personnages aient fait une erreur
d'interprétation ou une erreur ; par contre, celui qui a un avis
différent de ces personnages est systématiquement dans l'erreur. Nous
autres sunnites n'avons pas cette croyance, mais parfois notre façon de
nous comporter témoigne d'une mentalité approchante"
(Wâqi'a-é karbalâ', pp. 31-32). Plus loin il écrit : "Une
façon de voir les choses serait de se dire que du moment qu'un
personnage comme Ibn Khaldûn a écrit cela, que cela soit prouvé ou pas,
que cela soit compréhensible ou pas, il n'y a aucune possibilité de ne
pas y adhérer. C'est une façon de penser qui – à dire le vrai – a gâché
notre façon de faire, et qui, au nom de la connaissance, nous a rendus
figés dans la connaissance. Si cette façon de procéder – ne plus faire
aucune recherche au nom du respect des anciens – n'était pas aussi
généralisée chez nous, notre communauté serait différente de ce qu'elle
est aujourd'hui. (…) Dieu seul sait comment cette façon de procéder
est-elle entrée dans le monde musulman, ce monde-là même qui, depuis le
premier jour, est né avec l'invitation à la réflexion et à ne pas suivre
aveuglément les ancêtres, les rabbins et les moines"
(Ibid., pp. 34-35).



Un exemple : à propos des pouvoirs délégués aux représentants du mari
et de la femme en cas de mésentente grave, Cheikh Khâlid Saïfullâh a
donné la fatwa sur l'avis de Mâlik ; et il a écrit que l'argumentation
de l'école hanafite "était discutable sur ce point précis" ("Ahnâf ké dalâ'ïl iss mas'alé mein qâbilé ghaur hein"
: cf. Islâm aur jadîd mu'âsharatî massâ'il, p. 208). Cheikh Khâlid
Saïfullâh n'en a pas pour autant cessé d'être hanafite ; et la phrase
qu'il a écrite est clairement une takhtia (l'expression d'un avis
différent) mais n'est nullement un ta'n (dénigrement de ceux qui sont à
l'origine de l'autre avis). Quand parviendrons-nous donc à faire la
différence ?



Un autre exemple : de l'avis disant de certains alcools élaborés à
partir de fruits autres que le raisin et la datte qu'ils ne sont
interdits que s'ils sont absorbés en quantité telle qu'elle provoque
l'ivresse, le savant indien Shâh Waliyyullâh pense qu'il est dû au fait
suivant : "Certains Compagnons et certains de leurs élèves n'avaient
pas eu connaissance du Hadîth. Mais aujourd'hui, le Hadîth est devenu
connu et la vérité est apparue comme le jour"
(Hujjatullâh il-bâligha, tome 2, pp. 509-510). Il s'agit des deux Hadîths suivants, mis bout à bout : "Tout ce qui provoque l'ivresse est du vin" (rapporté par al-Bukhârî) et : "Ce qui, pris en la quantité d'un faraq, provoque l'ivresse est interdit même pris en la quantité de ce qui tient dans la main"
(rapporté par Abû Dâoûd). Shâh Waliyyullâh pense donc que le musulman
d'aujourd'hui doit délaisser cet avis (Ibid.). Ce que Shâh Waliyyullâh a
écrit est également une takhtia (l'expression d'un avis différent) mais
ce n'est nullement un ta'n (dénigrement de ceux qui sont à l'origine de
l'autre avis). Quand parviendrons-nous donc à faire la différence ?



Il est par ailleurs attristant de constater que d'aucuns sont en
réalité d'accord pour que des recherches argumentées mais différentes de
ce qui avait été dit jusqu'ici soient diffusées et appliquées ; mais à
la condition sine qua non qu'elles proviennent de personnes
appartenant à leur famille : leur beau-frère, leur cousin, leur neveu ou
leur fils… Malheur à celui qui proposera une recherche différente alors
qu'il appartient à une famille autre que la leur ou autre que celle qui
leur est liée de longue date. Et vas-y que je combats avec force
arguments (et parfois en prenant le prétexte du "Ce n'est pas le moment de soulever tel point")
l'avis différent quand il est proposé par B, mais que je l'accepte
ensuite de grand coeur – ou avec un grand silence bienveillant – dès
qu'il est mis en avant par A. Attitude on ne peut plus regrettable... Il
en est même qui prennent prétexte des quelques objections faites par
quelques personnes du grand public pour dire : "Vous voyez ? Il ne faut pas diffuser ce genre de choses : ça fait fitna".
La belle affaire : quand c'est soi-même ou des ulémas de la famille qui
diffusent des recherches et qu'il y a aussi quelques objections, on
s'empresse d'aller expliquer aux personnes et de les apaiser, puis de
dire : "Ce n'était que quelques personnes ignorantes, du grand public, on leur a expliqué, c'est bon"
; par contre, quand c'est quelqu'un qui n'est pas du club qui diffuse
et que le même genre de personnes, du grand public, fait quelques
objections, on s'empresse de faire monter la mayonnaise (diffusion au
plus grand nombre, avec dramatisation, accent tragique, ou,
notez, tragi-comique, c'est selon), puis d'en exploiter les retombées
pour, enfin, pouvoir lâcher innocemment le fameux : "Vous voyez ? Il ne faut pas diffuser ce genre de choses : ça fait fitna". Comment ne pas penser à cette parole du Prophète (sur lui la paix) : "Min 'indihim takhruj ul-fitnatu wa fîhim ta'ûd" (Mishkât).
Et comment s'étonner ensuite que ce genre d'esprit de clan ('assabiyya)
engendre des tiraillements et des divisions ? Reconnaître ainsi le
correct et l'erroné à travers le prisme de l'affiliation de la personne
qui propose l'avis ou l'idée, et non en fonction des arguments sur
lesquels cet avis ou cette idée repose, c'est tomber dans ce que
al-Ghazâlî a si justement déploré : "C'est là l'habitude des gens
qui sont faibles intellectuellement : ils reconnaissent la vérité en
fonction des personnes, non les personnes en fonction de la vérité"
(Al-Munqidh min adh-dhalâl, p. 25). Et al-Ghazâlî de poursuivre : "Quant
à celui qui est doué d'intelligence, il suit le modèle du chef des
intelligents, Alî (que Dieu l'agrée), qui disait : "Ne reconnais pas la
vérité en fonction des personnes mais reconnais la vérité et tu
reconnaîtras les personnes qui y [adhèrent]""
(Ibid.). En fait le
problème est de ne pas être parvenu à vivre concrètement ce que Mufti
Taqî Uthmânî a très justement rappelé : "Durant ces quatorze siècles
d'histoire musulmane, il y a eu des ulémas de toutes couleurs de peau
et de toutes les ethnies (…) et ils ont été considérés comme des leaders
de leur pays et de leur peuple. La cause de cette considération a
toujours été leur connaissance et leur piété, et non l'appartenance à
une famille particulière"
(Islam aur djiddat passandî, p. 62). Dr 'Aql a raison, quand il voit comme une autre cause de division : "la
présence des sectarismes ("'assabiyyât"), quelles qu'en soient les
types et les formes : qu'elles soient liées aux écoles, ou qu'elles
soient ethniques, nationalistes, tribales, de partis ou de slogans, etc.
La plus dangereuse forme de sectarisme est celle qui existe dans le
domaine de la da'wa…"
(Op. cit., p. 59). En passant,
notons bien que 'Aql n'a pas dit que c'était l'affiliation à une école
juridique qui causait problème mais bien l'esprit partisan dans
l'affiliation à cette école ; et cela Shâh Waliyyullâh l'a également
écrit (cf. Hujjat ullâh il-bâligha).

-
Savoir éviter ces premier et second extrêmes :


Il n'y a pas que Cheikhs Untel et Untel qui suivent la pure Sunna. Il
est nécessaire que l'on arrive à ne plus considérer les choses que
selon un seul angle ; et il est tout aussi nécessaire que l'on cesse de
s'empresser de recourir à la "takhti'a" de toute personne qui voit les
choses sous un autre angle que soi. Il y a de nombreux points où deux
avis différents sont possibles, et où diverger par rapport à un des deux
ou trois avis existants, ce n'est pas dévier de la Sunna. Il ne faut
donc pas avoir recours à la "takhti'a" sans recherches approfondies et,
partant, sans connaissances solides.

D'un autre côté, respecter tous les savants est chose nécessaire ; se
référer à leurs recherches est aussi nécessaire. Mais n'est pas un
manque de respect le fait qu'un savant se réfère aux recherches de
savants et poursuive le mouvement de la recherche ; n'est pas non plus
un manque de respect le fait que ce savant dise avec respect et
humilité, après des recherches approfondies le plus qu'une recherche
puisse l'être : "Sur tel point, je ne partage pas l'avis d'Untel à cause
de tel, tel et tel arguments ; cependant, je le respecte entièrement et
jamais je ne le dénigrerai". Il ne faut donc pas confondre "takhti'a"
et "ta'n".



Wallâhu A'lam (Dieu sait mieux).


source : maison-islam.com

AbdAllah
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